Les défis du saumon de l’Atlantique

3 octobre 2016 0h00 · Poissonnerie Atwater

La pêche commerciale du saumon de l’Atlantique étant interdite au Canada depuis l’an 2000, suite à un moratoire visant à éviter l’extinction de l’espèce dans les eaux canadiennes, celui que vous achetez à l’épicerie ou chez le poissonnier est vraisemblablement issu de l’aquaculture.

Ce terme désigne l’ensemble des activités de production animale ou végétale en milieu aquatique. Dans le cas du saumon de l’Atlantique, les éleveurs ont recours à deux méthodes: des bassins fermés aménagés sur la terre ferme et des enclos aménagés en milieu marin. Toutes deux ont leur lot de détracteurs…

En règle générale, plus l’élevage est intensif (donc lucratif), plus il risque d’entraîner l’utilisation d’antibiotiques pour contrer le développement de maladies qui ne se propageraient pas si facilement dans l’habitat naturel. En milieu marin, les élevages intensifs se traduisent aussi par une dégradation potentielle de l’environnement, et par un autre risque, insidieux celui-là: la contamination des populations naturelles de saumons par des saumons d’aquaculture en cavale.

Contrairement à l’impression qu’on pourrait en avoir, le saumon de l’Atlantique n’est pas uniquement élevé dans l’Atlantique. Cette espèce est aussi exploitée de manière très intensive au Chili, deuxième producteur mondial après la Norvège. Pour augmenter la rentabilité les élevages destinés à l’exportation, les aquaculteurs chiliens misent à la fois sur une densité très élevée et sur des hormones de croissance, qui réduisent le temps nécessaire pour revendre des spécimens à maturité. Résultat? Du saumon de l’Atlantique bon marché pour les consommateurs américains.

Une chute de l’offre

En mars dernier, le Chili a annoncé une hécatombe au sein de sa population de poissons, incluant ses saumons d’élevage en enclos marins. La température plus chaude des eaux associée à El Nino aurait favorisé la propagation d’algues rouges, qui absorbent l’oxygène et libèrent des toxines vénéneuses, provoquant ainsi le décès de 23 millions de saumons.

Cette chute de l’offre combinée à un intérêt croissant du marché américain pour un saumon de l’Atlantique plus sain, élevé sans antibiotiques ou hormones de croissances, a créé une demande accrue pour le saumon d’élevage canadien. «Avec le taux de change avantageux, les Américains ont mis la main sur la production canadienne, ce qui s’est traduit par une augmentation significative du prix du saumon de l’Atlantique canadien au Canada», se désole Christian Archambault, propriétaire de la Poissonnerie du Marché Atwater.

Pour sa part, il travaille depuis 1987 avec l’aquaculteur qui porte aujourd’hui le nom de True North, dont il cautionne à la fois les méthodes et le produit. «De manière générale, les vendeurs vont dire tout ce qu’il faut pour vendre le produit. Comme poissonnier, il faut aller sur place, visiter les installations, poser des questions et goûter à des échantillons», soutient Christian.

«Super espèce»

Chef de file dans l’aquaculture canadienne, True North tente de trouver des solutions aux problèmes engendrés par l’élevage, tout d’abord en travaillant avec une souche locale de saumons de l’Atlantique et en en limitant l’intensité. Mais aussi grâce à l’implantation de mesures comme leur système de gestion 3-Bay, similaire aux rotations des cultures et des sols en jachère en agriculture classique, qui favorise la résilience du milieu marin naturel et permet de limiter le recours aux antibiotiques.

En mai 2016, à la demande de la compagnie Aquabounty, Santé Canada a approuvé la production et la vente d’un saumon de l’Atlantique modifié génétiquement par un croisement avec un gène de saumon Chinook afin de réduire de moitié son temps de croissance. Cet OGM n’aura pas à être étiqueté comme tel, car Santé Canada considère qu’il ne poserait aucun risque pour la santé. Les experts environnementaux craignent pour leur part que cette nouvelle «super espèce» sonne le glas de ce qu’il reste de la population de saumon de l’Atlantique sauvage.

Selon Christian, les consommateurs achètent souvent le saumon «au prix», mais il n’y a pas de manière économique de produire un saumon bon au goût et peu dommageable pour l’environnement, d’où l’importance de s’informer et de poser les bonnes questions. «Mes clients goûtent la différence dans le produit que je leur propose et ils ne retournent jamais derrière…»

Poissonnerie du Marché Atwater
154, avenue Atwater – Montréal
514 937-2863

Partagez cette page